Par un après-midi ensoleillé aux Bahamas, mes amis et moi avons mis les voiles pour ce qui devait être une sortie de chasse sous-marine tout à fait routinière. Nous avons mouillé l’ancre au large de la pointe sud isolée d’Abaco, entre Sandy Point et Hole in the Wall, seuls dans cette vaste étendue bleu-vert. En apnée sous la surface, l’eau claire grouillait de mérous, de vivaneaux cuberas et de requins de récif.
Mon ami Jon a atteint un gros mérou noir. Blessé, le poisson s’est enfui, laissant derrière lui un ruban de sang alors qu’il nageait, désorienté, vers un abri sous un rocher à 40 pieds (12 mètres) de profondeur. Je connaissais la suite: descendre, achever le poisson et le remonter.
Alors que je m’approchais, un requin a surgi entre nous et a délogé le mérou de sa cachette. Il a tenté de l’attraper sans succès. J’ai tiré et manqué ma cible, le poisson agonisant restant étonnamment agile. Un autre requin s’est élancé vers lui, sans plus de réussite, pendant que je rechargeais ma foëne. La frénésie était totale. Juste au moment où je m’apprêtais à viser à nouveau, j’ai ressenti un choc violent. Désorienté, j’ai cru que ma tête avait heurté un rocher ou le fond. Mon esprit est passé instantanément de la chasse à la survie : le requin venait de refermer ses mâchoires sur le côté de mon crâne.


J’ai lâché ma foëne et suis remonté en surface en demandant à Jon si je m’étais fait mordre. Son « Oui, mec, il faut qu’on parte! » lancé d’une voix pressante confirmait ce que mon corps avait déjà compris. Plus tard, il m’a raconté qu’un autre requin avait suivi la traînée de sang pendant ma remontée, et qu’il avait plongé pour intercepter une éventuelle seconde attaque.
Les requins ne sont pas intrinsèquement agressifs envers les plongeurs, mais comme nous en poursuivant le mérou, ils saisissent les occasions qui se présentent.
L’eau s’est teintée de rouge tandis que nous tentions d’évaluer mes blessures. Le requin avait laissé une vingtaine de marques de dents et environ 22 pouces (56 centimètres) de lacérations sur ma tête et mon visage.
Un ami dans l’annexe pneumatique nous a aperçus, a levé l’ancre et a accouru pour me hisser hors de l’eau. Nous avons attrapé la trousse médicale et appliqué des pansements hémostatiques QuikClot sur mes plaies. Après dix minutes tendues jusqu’au voilier, nous avons renforcé le bandage autour de ma tête. Le saignement a diminué, mais nous restions isolés, à des miles de toute aide.
À bord, nous avons lancé un appel sur le canal 16 puis contacté la ligne d’urgence de DAN. Dès que le médecin a répondu, le chaos a laissé place à l’organisation. L’équipe a posé des questions précises sur mes blessures et notre situation, puis a coordonné une intervention d’urgence. On m’a orienté vers l’établissement médical le plus proche, à Sandy Point, sur Great Abaco.
Alors que notre capitaine faisait route à six nœuds vers le port, nous avons croisé deux chercheurs étudiant les baleines qui ont généreusement proposé de me transporter sur leur embarcation plus rapide.
La clinique de Sandy Point se trouvait près du quai. Grâce à la coordination préalable de DAN, le personnel médical était prêt à notre arrivée. L’équipe de l’infirmière Lightbourn m’a administré de l’oxygène et posé des perfusions intraveineuses. DAN est resté en ligne avec le médecin traitant. Ensemble, ils ont décidé qu’une évacuation médicale était nécessaire.
DAN a respecté ma préférence d’être évacué vers la Floride plutôt que vers Nassau. Ils ont géré la documentation, y compris le pré-dédouanement et le formulaire « Fit to Fly », et organisé une ambulance terrestre vers l’aéroport de Marsh Harbour.
Deux ambulanciers m’y ont transféré à bord de l’avion sanitaire affrété par DAN pour un vol de 30 minutes vers Fort Lauderdale. L’appareil, conçu pour l’efficacité médicale plus que pour le confort, donnait une impression irréelle — seuls les soignants m’accompagnaient. Nous avons atterri en Floride au coucher du soleil.

DAN avait déjà organisé mon transfert terrestre et mon admission à l’hôpital Memorial Regional. J’ai quitté l’hôpital vers 2 h du matin et étais de retour chez moi à 3 h 15. Ma récupération s’est bien déroulée. Les points de suture ont été retirés au bout de cinq jours et les agrafes dix jours plus tard.
Étant donné qu’un requin m’a mordu au visage, je m’estime chanceux. L’attaque s’est produite vers 13 h 30 dans un secteur isolé d’Abaco. Moins de sept heures après mon appel à DAN, j’étais admis dans un hôpital aux États-Unis. Les premiers secours appropriés, les soins médicaux et la réaction rapide de mes amis ont contribué à ce dénouement favorable. Mais DAN a fait toute la différence : leur soutien constant et leur coordination ont maintenu cette journée chaotique sur les rails.
Quand j’ai commencé la chasse sous-marine il y a huit ans, et même lorsque j’ai adhéré à DAN l’an dernier, je n’aurais jamais imaginé qu’une telle chose puisse m’arriver. Pourtant, lorsque cela s’est produit, DAN était là. Dès mon premier appel, leur équipe a pris en charge le transport médical et les frais, me permettant de me concentrer sur ma guérison.
Je recommande DAN à tous les plongeurs, y compris les chasseurs en apnée. Même sans bouteille, DAN peut être votre bouée de sauvetage en cas d’urgence.
J’ai rangé le masque que le requin a perforé et compte reprendre la chasse sous-marine avec un nouveau dès que j’aurai l’autorisation de replonger. Je partage cette histoire non pour dissuader quiconque de chasser ou de plonger avec les requins, mais pour rappeler que même les plongeurs expérimentés doivent respecter l’imprévisibilité de l’océan. Descendre sous la surface implique d’accepter que tout peut arriver. Avec préparation et DAN à vos côtés, même une rencontre avec les mâchoires d’un requin peut renforcer votre respect pour la mer et votre envie d’y retourner, plongée après plongée.
© Alert Diver – Q4 2025