Le lagon de Marovo, dans l’ouest des Îles Salomon, est le genre d’endroit dont rêvent les plongeurs. L’eau y est d’un turquoise éclatant et les récifs regorgent de vie.
En juin 2025, mon partenaire Marco et moi avons voyagé jusqu’à la petite île d’Uepi pour les vacances plongée d’une vie. J’étais alors une plongeuse relativement débutante, et ce voyage allait commencer avec ma 17e plongée. Marco, très rigoureux et attentif à la sécurité, comptait plus de 800 plongées enregistrées. Je n’aurais jamais imaginé qu’une plongée exemplaire, dans des conditions parfaites, se terminerait par une évacuation médicale en hélicoptère et un diagnostic qui changerait ma vie.
Les conditions étaient idéales le matin de ma sixième plongée du séjour. Il n’y avait aucun courant et l’eau était chaude, à 29 °C (84 °F). Ma plongée précédente remontait à 39 heures plus tôt. Nous avons parcouru environ une heure en petite embarcation depuis le centre de plongée pour rejoindre l’un des sites les plus uniques de la région : l’épave du Taiyo . Le plan de plongée était prudent et détendu.
Nous avons descendu le long du pont et atteint la passerelle à 26 mètres (85 pieds). Après avoir exploré les lieux à la lampe et pris quelques photos, nous sommes remontés lentement, terminant par un palier de sécurité de cinq minutes à 5 mètres (16 pieds). Mon ordinateur indiquait un temps total de plongée de 53 minutes, sans remontée rapide ni difficulté particulière.
J’ai passé mes plombs à l’équipage, grimpé l’échelle pour remonter dans la petite embarcation, et j’ai immédiatement ressenti une douleur lancinante le long du côté droit de ma colonne vertébrale, de la hanche jusqu’à l’épaule. Je n’y ai pas prêté attention, pensant simplement m’être mal tournée en remontant mon équipement à bord.
L’équipage a ensuite approché le bateau d’un haut-fond et abaissé la rampe sur un banc de sable, où nous devions faire une pause déjeuner et un intervalle de surface. Quand je me suis levée, la douleur dans mon dos est devenue insupportable.
Après quelques pas, j’ai dû m’accroupir pour essayer de la soulager.
Le côté droit de mon abdomen se contractait douloureusement, et il m’était difficile de respirer. Ma jambe droite était devenue complètement inerte. Moins de cinq minutes après la fin de la plongée, j’étais allongée sur le banc de sable, en proie à une douleur intense. Nous étions à une heure du centre de plongée en bateau, et le grand hôpital le plus proche se trouvait à près de 300 kilomètres (200 miles).

L’équipage n’a pas hésité une seconde. Suspectant un accident de plongée, ils se sont précipités vers l’oxygène de bord. Deux personnes m’ont portée jusque dans le bateau, où l’équipage m’a administré de l’oxygène à 100 % au débit maximal. Après 30 ou 40 minutes, j’ai commencé à retrouver des sensations dans ma jambe. La paralysie avait presque disparu lorsque nous sommes arrivés au centre de plongée, mais j’étais encore très faible et tremblante. Le directeur du centre avait déjà préparé davantage d’oxygène et alerté DAN.
Lorsqu’on se blesse dans un endroit isolé, la peur peut être écrasante. Le moment où j’ai parlé au Dr James Chimiak, directeur médical de DAN, a marqué un tournant. Il était calme et précis. Après avoir entendu le déroulement des événements, il a suspecté une embolie médullaire. Une bulle d’azote était probablement entrée dans mon système artériel et s’était logée dans ma colonne vertébrale.
Même si mes symptômes s’amélioraient grâce à l’oxygène, la situation restait critique. Le Dr Chimiak a insisté pour que je sois évacuée vers l’hôpital le plus proche équipé d’un caisson hyperbare, à Honiara, la capitale des Îles Salomon.
Une évacuation médicale aux Îles Salomon implique une logistique complexe et des coûts énormes. C’est à ce moment-là que mon assurance DAN est devenue inestimable. DAN a immédiatement autorisé et pris en charge l’ensemble des frais, tout en coordonnant une évacuation en hélicoptère volant à basse altitude dès le lendemain matin.
J’ai passé la nuit sous oxygène, anxieuse mais reconnaissante de savoir que les secours arrivaient. Le directeur du centre venait régulièrement prendre de mes nouvelles et changeait mes bouteilles d’oxygène toutes les deux heures pendant la nuit. À l’aube, un bateau nous a conduits à l’aéroport de Seghe, puis nous avons volé à basse altitude au-dessus de l’océan et des collines afin d’éviter tout changement d’altitude susceptible de faire grossir les bulles encore présentes dans mon organisme
À mon arrivée, la Dre Trina Sale, responsable du service des urgences de l’hôpital, m’attendait déjà et coordonnait les soins directement avec le Dr Chimiak. Mes symptômes s’étaient nettement améliorés grâce à l’administration rapide et prolongée d’oxygène ainsi qu’à l’hydratation ; les médecins ont donc estimé qu’un traitement hyperbare n’était plus nécessaire. Après deux jours d’observation, ils m’ont autorisée à reprendre l’avion pour rentrer chez moi.

La véritable enquête a alors commencé : comment une plongée prudente et sans incident apparent avait-elle pu entraîner une embolie médullaire ? J’ai subi une batterie d’examens : IRM thoraciques et lombaires, scanners cérébraux, étude de contraste au sérum salé agité et échocardiographie transœsophagienne avec test aux bulles. Les médecins recherchaient un foramen ovale perméable, mais tous les résultats se sont révélés négatifs.
Le diagnostic final a été celui d’un shunt pulmonaire suspecté — une connexion anormale entre les artères et les veines à l’intérieur des poumons. Au lieu d’être filtrée, une bulle d’azote aurait traversé vers une artère avant de remonter directement jusqu’à ma colonne vertébrale.
Le verdict est difficile à accepter : je ne pourrai plus jamais pratiquer la plongée sous-marine en toute sécurité. Le risque qu’une autre bulle traverse de nouveau est trop élevé, et si cela se reproduisait, la paralysie pourrait être permanente. Malgré tout, je ressens surtout une immense gratitude.
L’accident de décompression médullaire est tristement réputé pour sa résistance aux traitements. Le spécialiste qui a étudié mon dossier a souligné que sans l’administration rapide d’oxygène à haut débit, j’aurais probablement souffert d’une paralysie permanente
Mon conseil : ne plongez jamais sans DAN. Lorsque j’étais allongée, impuissante, sur une île isolée, DAN ne s’est pas contenté de payer les factures. L’organisation m’a apporté une expertise médicale de haut niveau ainsi qu’un soutien logistique qu’une assurance voyage classique ne pourrait tout simplement pas offrir.
Je devrai peut-être raccrocher mes palmes, mais grâce à DAN et à la rapidité de réaction de l’équipage, je peux aujourd’hui m’éloigner de l’océan sur mes deux jambes.

© Alert Diver – Q1 2026