Pris dans les glaces

L’archéologue subaquatique de Parcs Canada, Marc-André Bernier, observe une pièce de monnaie récupérée sur le pont inférieur du HMS Erebus. © Brett Seymour / Parcs Canada

Lieu historique national des épaves du HMS Erebus et du HMS Terror

L’expédition de Sir John Franklin en 1845, lancée à la recherche du passage du Nord-Ouest, s’est terminée en tragédie lorsque le HMS Erebus et du HMS Terror, avec leurs 129 membres d’équipage, ont disparu dans l’Arctique canadien sans laisser de trace apparente. 

Les indices d’abandon des navires recueillis par les équipes de recherche, les récits troublants d’Inuits locaux rapportant des signes de cannibalisme parmi les derniers survivants, ainsi que la disparition totale des deux bâtiments ont captivé l’imaginaire collectif, alimentant fascination et spéculations pendant près de 170 ans. Lorsque les épaves furent localisées en 2014 et 2016, elles se révélèrent étonnamment bien conservées et largement intactes dans les profondeurs glaciales de l’Arctique, marquant l’une des plus grandes découvertes maritimes de l’histoire. 

Les archéologues subaquatiques de l’équipe d’archéologie sous-marine de Parcs Canada (UAT), qui ont dirigé les recherches, plongent aujourd’hui dans ces mêmes eaux impitoyables qui ont englouti les deux navires de l’expédition Franklin. Ils tentent de reconstituer le mystère de leur disparition tout en affrontant certaines des conditions de plongée les plus extrêmes au monde. Dix ans après leur découverte, les épaves ont apporté davantage de questions que de réponses. Ce qui émerge est une enquête approfondie sur deux icônes de l’histoire maritime mondiale et l’un des projets archéologiques sous-marins les plus complexes jamais entrepris. 

A multibeam echosounder image shows HMS Terror.
A multibeam echosounder image shows HMS Terror. © Ryan Harris/Parks Canada
Parks Canada underwater archaeologist Marc-André Bernier methodically excavates a seamen’s chest in the crew living quarters on the lower deck of HMS Erebus.
L’archéologue subaquatique de Parcs Canada, Marc-André Bernier, procède méthodiquement à l’excavation d’un coffre de marin dans les quartiers de l’équipage, sur le pont inférieur du HMS Erebus. © Brett Seymour / Parcs Canada

Disparition et découverte

Depuis le XVIe siècle, les explorateurs européens rêvaient de relier les océans Atlantique et Pacifique par une route maritime nordique. En 1818, l’Angleterre raviva cette ambition de cartographier le légendaire passage du Nord-Ouest, espérant renforcer sa domination commerciale et impériale.

En mai 1845, le capitaine Franklin, le capitaine Francis Crozier et le capitaine James Fitzjames quittèrent l’Angleterre à bord de l' Erebus et du Terror. Leur mission consistait à achever la cartographie des côtes arctiques et à établir une voie navigable à travers l’archipel arctique canadien actuel. Les deux navires étaient bien approvisionnés et dotés des technologies les plus avancées de l’époque : moteurs à vapeur auxiliaires, coques renforcées contre la glace, vivres et matériel pour au moins trois ans.

Lorsque deux années se furent écoulées sans le moindre contact entre les navires et l’Amirauté britannique, l’inquiétude gagna l’opinion publique. L’Angleterre lança alors les premières expéditions de recherche vers l’Arctique afin de tenter de les retrouver. Au cours des décennies suivantes, des dizaines de navires sillonnèrent le Nord glacé, d’abord dans l’espoir de secourir l’équipage, puis pour retrouver des indices permettant d’élucider le sort de l’expédition.v 

En 1854, une équipe de recherche rapporta des témoignages inuits décrivant des rencontres avec des membres de l’équipage et évoquant des actes de cannibalisme parmi les survivants. La nouvelle choqua l’opinion publique victorienne. 

Divers get ready to execute the day’s mission on HMS Erebus from the UAT rigid-hulled inflatable boat as inclement weather conditions begin to escalate at the surface.
Les plongeurs se préparent à mener à bien la mission du jour sur le HMS Erebus depuis le bateau pneumatique à coque rigide de l’UAT, tandis que les conditions météorologiques défavorables commencent à s’intensifier en surface. © Jonathan Moore / Parcs Canada
Parks Canada UAT diver Jonathan Moore observes the stern gallery of HMS Terror.
Le plongeur de l’UAT de Parcs Canada, Jonathan Moore, observe la galerie arrière du HMS Terror. © Alexandre Poudret-Barré

L’écrivain Charles Dickens publia un article dénonçant les témoignages inuits, estimant que des officiers de la marine britannique, considérés comme civilisés, n’auraient jamais pu se livrer à un acte aussi moralement répréhensible. Il suggérait plutôt que les Inuits avaient pu assassiner les marins. Sa position fut influencée en partie par le sentiment de l’opinion publique, par la détermination de Lady Jane Franklin à préserver la réputation de son mari, et peut-être même par le fait que des ouvrages de Dickens figuraient parmi les livres embarqués dans les bibliothèques de bord de l’expédition. 

Portées par l’ampleur croissante du drame, les autorités britanniques envoyèrent de nouvelles expéditions de recherche, qui aboutirent en 1859 à la découverte, sur l’île King William, d’un document d’une seule page laissé sur place. La première partie du message, datée de mai 1847, indiquait que l’expédition était prisonnière des glaces depuis septembre 1846. Une seconde annotation, ajoutée près d’un an plus tard, précisait que 24 hommes, dont Franklin, étaient décédés. Les 105 survivants restants avaient abandonné les navires, toujours immobilisés dans la glace. Selon la lettre, ils étaient partis à pied vers le sud, en direction du continent canadien, dans l’espoir d’être secourus. 

Les recherches et les fouilles archéologiques terrestres menées au cours des 170 dernières années ont confirmé qu’aucun survivant n’atteignit la destination prévue. Les témoignages inuits, autrefois discrédités, se révélèrent exacts lorsque les investigations archéologiques et ostéologiques menées sur les restes squelettiques découverts de marins de l’expédition Franklin confirmèrent que les corps avaient été mutilés, présentant des preuves de cannibalisme de survie. La mandibule inférieure de Fitzjames, par exemple, portait de multiples marques de coupe intentionnelles d’origine humaine, témoignant de la situation désespérée et du fait que ni le rang ni le statut social n’avaient d’importance durant les derniers jours des survivants de l’expédition. 

Si la recherche de l’expédition Franklin contribua à cartographier l’Arctique canadien et que le passage du Nord-Ouest fut finalement découvert et relevé, le sort de l’ Erebus et du Terror, ainsi que la perte des 129 hommes, demeura l’un des plus grands mystères maritimes de l’histoire pendant près de deux siècles. En 1992, la Commission des lieux et monuments historiques du Canada désigna de manière préventive les deux épaves comme lieu historique national, afin de préserver leur héritage dans l’éventualité où elles seraient un jour retrouvées. 

L’UAT de Parcs Canada, alors âgée de 60 ans, travaillant de concert avec des détenteurs de savoirs inuits, des technologies modernes et d’autres partenaires, lança en 2008 une nouvelle phase de recherche des deux navires. Leur ténacité collective, leur engagement et l’exploration méthodique de milliers de kilomètres carrés d’eaux arctiques périlleuses aboutirent à la découverte de l' Erebus en 2014 et du Terror en 2016

Surface operations aboard the barge include an onsite hyperbaric recompression chamber.
Les opérations de surface à bord de la barge comprennent un caisson de recompression hyperbare installé sur place, prêt à accueillir et traiter tout plongeur présentant des symptômes de maladie de décompression. © Brett Seymour / Parcs Canada
Bernier carefully recovers a pistol from a seamen’s chest on the Erebus.
Bernier carefully recovers a pistol from a seamen’s chest on the Erebus. © Brett Seymour/Parks Canada

Logistique longitudinale

Contrairement aux eaux plus chaudes, facilement accessibles et plongeables toute l’année, la seule saison de plongée en eau libre dans le glacé Arctique canadien, près de l’île King William et de la péninsule Adelaide, s’étend de la mi-août à septembre. Le reste de l’année, les deux sites de plongée sont entièrement recouverts d’une épaisse couche de glace. Durant la brève période où la couverture de glace se retire suffisamment longtemps pour permettre un accès direct depuis la surface aux épaves situées en contrebas, les plongeurs de l’UAT s’immergent dans les eaux de l’océan Arctique, dont la température se maintient à peine au-dessus de 32 °F (0 °C). 

Chaque saison de terrain nécessite six mois — voire davantage — de planification et de préparation méticuleuses ; l’ampleur du temps investi, la durée des déplacements et l’engagement constant de chaque membre de l’équipe tout au long de l’année se traduisent, au final, par seulement quelques semaines de temps passé sous l’eau. La fenêtre de disponibilité pour des plongées sûres, dans les conditions dynamiques régnant sur les sites d’épaves, a parfois été aussi courte que 11 jours lors des expéditions annuelles de l’UAT. Une année, lorsque les conditions météorologiques furent exceptionnellement favorables, l’équipe disposa de 23 jours avant que l’aggravation des conditions ne les contraigne à quitter les lieux.

Les conditions de l’eau sur les deux sites de plongée peuvent évoluer rapidement, mais ce sont les conditions de glace autour des sites qui déterminent l’accès aux zones de travail, pouvant les rendre difficilement accessibles, voire impossibles à quitter. Le simple fait de se positionner pour pouvoir entrer dans l’eau constitue l’un des aspects les plus complexes du projet. Arriver trop tôt ou repartir trop tard pourrait entraîner le piégeage dans la glace du navire de recherche de Parcs Canada, le RV David Thompson , tout comme ce fut le cas pour les navires de l’expédition Franklin. 

La barge de soutien Qiniqtiryuaq sert de plateforme de fouilles et de plongée sur le site de l' Erebus . Elle est stationnée toute l’année à proximité, à Gjoa Haven, où elle est récupérée et remorquée jusqu’au site par le David Thompson puis amarrée directement au-dessus de l’épave pour chaque courte saison d’intervention. La Qiniqtiryuaq est équipée d’une grue hydraulique ainsi que d’un laboratoire archéologique permettant à l’équipe d’inventorier et de stocker immédiatement les artéfacts récupérés en vue de leur transport vers le continent. Elle abrite également le centre des opérations de plongée, où l’équipe de surface assiste les plongeurs en immersion, ainsi qu’un caisson de recompression hyperbare, prêt à accueillir et traiter tout plongeur présentant des symptômes de maladie de décompression. 

A cannon is hoisted toward the surface during an early on-ice artifact recovery operation in the Arctic.
Un canon est hissé vers la surface lors d’une des premières opérations de récupération d’artéfacts sur la glace dans l’Arctique, l’ouverture triangulaire pratiquée dans la glace, par laquelle les plongeurs sont descendus, étant clairement visible. © Thierry Boyer / Parcs Canada
A Royal Navy pistol was recovered from a seamen’s chest in the forecastle on the lower deck of HMS Erebus.
Un pistolet de la Royal Navy a été récupéré dans un coffre de marin situé dans le gaillard d’avant, sur le pont inférieur du HMS Erebus. © Brandy Lockhart / Parcs Canada

La barge de plongée et l’épave de l’ Erebus se trouvent à une distance nageable depuis la terre ferme, et la réalité de la montée à bord d’un ours polaire affamé de près de 1 000 livres (454 kilogrammes), à la recherche de nourriture dans cet environnement de chasse pauvre, n’est pas impossible. Une paire de carabines et de fusils de calibre .30-06, chargés pour la défense contre les ours, est solidement arrimée à portée de main de l’équipage, ajoutant à l’intensité presque irréelle de l’environnement de plongée. Heureusement, jusqu’à présent, la seule interaction animale préoccupante a été celle de deux phoques barbus curieux et de grande taille, dont la présence insistante a conduit les plongeurs à interrompre leur plongée. 

Ce qui avait commencé par des plongées en scaphandre autonome à circuit ouvert, effectuées depuis des embarcations et avec d’épaisses combinaisons étanches, a évolué pour ressembler à une véritable opération de plongée commerciale mobile. Des casques de plongée rigides et des masques faciaux complets, alimentés en air depuis la surface, équipés de lignes de communication et d’un système d’injection d’eau chaude dans les combinaisons pour l’isolation thermique, permettent à l’UAT d’effectuer des plongées de plusieurs heures dans des températures glaciales. 

Les opérations de plongée consistent en un exercice permanent d’évaluation des conditions météorologiques, de mise en balance avec les objectifs prévus pour la journée et de prise en compte des résultats obtenus la veille. Avec un temps de présence sur site extrêmement limité, chaque minute passée sous l’eau est précieuse et repose sur un équilibre délicat entre sécurité et efficacité. 

Malgré le compte à rebours imposé par les conditions météorologiques susceptibles de refermer brutalement la fenêtre opérationnelle, l’UAT mène ses missions de manière hautement contrôlée et rigoureuse, en respectant des normes professionnelles immuables et sans laisser les pressions environnementales influencer son éthique de travail. La cohésion de l’équipe et la continuité de l’expérience jouent un rôle déterminant dans son succès. La plupart des membres de l’UAT travaillant sur ces épaves sont impliqués depuis leur découverte initiale, ce qui a permis l’acquisition d’une connaissance collective du site qui ne cesse de s’enrichir. Cet héritage permet un niveau de productivité qu’aucune équipe de plongeurs nouvellement constituée chaque année ne pourrait reproduire. 

Charles Dagneau examines a ceramic bowl.
Charles Dagneau examine un bol en céramique. L’archéologue subaquatique de Parcs Canada, Charles Dagneau, examine un bol en céramique mis au jour sur le HMS Erebus. © Brett Seymour / Parcs Canada
Boucher supervises dive operations from the support barge Qiniqtiryuaq.
Boucher supervise les opérations de plongée depuis la barge de soutien Qiniqtiryuaq. © Thierry Boyer / Parcs Canada

Fouiller l’Erebus

L’UAT a identifié l’ Erebus environ un mois après avoir localisé l’épave, en comparant les plans du navire avec les dimensions observées sur le site. Lors de leur première série de plongées, l’équipe a découvert la cloche du navire reposant sur le pont. Bien qu’elle ne porte aucun nom, la date clairement lisible de 1845, associée au marquage Broad Arrow, l’identifiait sans ambiguïté comme appartenant à l’un des navires de l’expédition Franklin. La documentation du site de l' Erebus devint leur première mission, et la planification des fouilles débuta peu après. 

Les fouilles de l' Erebus sont restées l’objectif principal de l’équipe, la faible profondeur du navire — seulement 36 pieds (11 mètres) — et son exposition à de forts vents et à la houle ayant entraîné une dégradation significative du site au cours de la dernière décennie. Une partie du pont supérieur s’est effondrée, compliquant l’accès aux compartiments de l’épave riches en artéfacts. 

Les tentatives de récupération du sextant d’un officier illustrent bien le caractère dynamique des conditions du site. Observé lors de l’une des premières pénétrations dans l’épave, l’instrument disparut pendant plusieurs années avant d’être redécouvert enfoui sous des sédiments et un élément de charpente déplacé, à environ 1 pied (0,3 mètre) de son emplacement initial. 

Les artéfacts récupérés sur l’ Erebus vont d’objets du quotidien — comme une chaussure, des bocaux de stockage et une paire de lunettes — à des découvertes exceptionnelles, notamment des spécimens fossiles que les membres de l’expédition Franklin avaient collectés. Les archéologues de l’UAT étudient désormais non seulement l’épave en tant que site, mais aussi les objets qui avaient fasciné les explorateurs à bord de l’ Erebus il y a plusieurs générations. 

Une brosse à cheveux extraite de l’épave comportait encore 20 cheveux du cuir chevelu humain et un poil facial accrochés à ses soies, ce qui représente une avancée majeure dans l’étude de l’expédition Franklin. La récupération de cheveux humains sur une épave du XIXᵉ siècle aussi bien préservée offre aux archéologues une occasion unique d’approfondir leur compréhension de l’équipage, de son état de santé et des conditions auxquelles il fut confronté. 

Ces découvertes, parmi d’autres, soulèvent souvent davantage de questions qu’elles n’apportent de réponses. L’équipe a récemment trouvé, par exemple, 20 pistolets dans un coffre de marin à l’intérieur de l’ Erebus. Un coffre de ce type servait généralement à entreposer des effets personnels. Toutefois, la grande quantité de pistolets suggère qu’ils n’appartenaient pas à une seule personne, ce qui soulève la question des raisons pour lesquelles ils étaient stockés ensemble. 

Dive operations are in progress aboard the barge.
Les opérations de plongée sont en cours à bord de la barge. © Maxwel Hohn / Parcs Canada

Quatorze membres de l’équipage étaient des Royal Marines, présents à bord pour faire respecter la discipline et constituer une force défensive. Ils n’étaient pas des marins, mais étaient équipés de manière similaire aux soldats de l’armée britannique, ce qui pourrait expliquer cette découverte inhabituelle comme un simple stockage d’armurerie. Le coffre alimente également les spéculations quant à l’utilisation des pistolets comme moyen de contrôle face à des tensions croissantes et à un risque potentiel de mutinerie, alors que le navire demeurait prisonnier des glaces. 

Une autre hypothèse est que le coffre ait simplement servi de point de dépôt abandonné, où des récupérateurs inuits montés à bord du navire auraient laissé les armes en tentant de récupérer un maximum d’objets utilisables avant qu’il ne coule. 

À mesure que l’examen minutieux des artéfacts récupérés sur l’ Erebus se poursuit, chaque découverte recèle la promesse d’éclairer davantage la vie et le sort final de l’équipage perdu de Franklin.

Joe Boucher documents one of Erebus’ propellers.
Le technicien en archéologie subaquatique Joe Boucher documente l’une des hélices de l’Erebus. © Brett Seymour / Parcs Canada
This pitcher was recovered from the presumed captain steward’s pantry on the lower deck of Erebus.
Ce pichet a été récupéré dans l’office présumé de l’intendant du capitaine, sur le pont inférieur de l’Erebus. © Laurence Boudreau / Parcs Canada

Le mystère du Terror

Découvert deux ans après l’Erebus et à environ 43 miles (70 kilomètres) au nord de celui-ci, le Erebus and about 43 miles (70 km) north of it, the Terror repose dans des eaux plus profondes, à près de 80 pieds (24 mètres), dans une baie portant son nom. Le navire constitue une capsule temporelle étonnamment bien préservée, les eaux profondes, froides et relativement calmes de la baie du Terror l’ayant laissé en grande partie intact. Les relevés extérieurs montrent que la roue de gouvernail est toujours en place sur le pont, que le beaupré est intact et que certaines fenêtres extérieures conservent encore leurs doubles vitrages. 

Les véhicules télécommandés que les plongeurs de l’UAT ont guidés à l’intérieur du Terror’s ont rapporté des images saisissantes de l’espace de vie collectif situé près de l’étrave. Des étagères intactes chargées de réserves alimentaires et d’artéfacts sont visibles, ainsi qu’une paire de fusils rouillés suspendus au mur des quartiers de l’équipage, et la cabine du capitaine, apparemment intacte. 

Le vaste bureau du capitaine, avec ses tiroirs fermés préservés par l’eau froide et les sédiments, suscite une curiosité presque inquiétante quant aux données de l’expédition qu’il pourrait encore contenir. La possibilité d’y trouver des documents écrits est réelle, et leur récupération pourrait constituer une perspective future pour l’UAT. 

L’un des mystères que l’UAT cherche à résoudre concerne la manière dont le Terror s’est retrouvé dans une position aussi singulière, à l’intérieur de la baie la plus au sud-ouest de l’île King William. La note laissée par l’expédition Franklin indiquait la côte nord-ouest comme lieu d’abandon des deux navires. 

Des études de climatologie des glaces menées avec le Service canadien des glaces suggèrent que les navires abandonnés auraient pu dériver vers le sud depuis le point de désertion connu, entraînés par le flux bien documenté de la glace de surface pluriannuelle dans la région. Il est également possible que certains membres de l’équipage se trouvaient encore à bord de l’un ou des deux navires et aient influencé leurs déplacements. Alors que l' Erebus poursuivit une trajectoire relativement rectiligne avant de s’échouer dans les faibles profondeurs de la péninsule Adelaide, au sud de l’île King William, l’explication la plus largement admise pour le Terror est qu’il aurait été pris dans un tourbillon et repoussé à contre-courant de la glace, pour finalement venir se poser dans sa baie. 

Tandis que le temps presse pour l’ Erebus, the Terror demeure à l’abri, patiemment en attente de son tour d’être fouillé et de révéler au monde ses secrets et ses mystères. 

The Qiniqtiryuaq is positioned above the Erebus.
La Qiniqtiryuaq est positionnée au-dessus de l’Erebus. © Maxwel Hohn / Parcs Canada
UAT diver Filippo Ronca shines a light on the bell on the deck of the Erebus.
Le plongeur de l’UAT Filippo Ronca éclaire la cloche sur le pont de l’Erebus. © Thierry Boyer / Parcs Canada

Un savoir inuit inestimable

La découverte de l’ Erebus et du Terror n’aurait pas été possible sans le soutien, les conseils et les connaissances généreusement partagés par les Inuits du Nunavut. Leurs témoignages historiques et récits personnels ont orienté l’UAT vers les deux sites d’épaves.

Le savoir traditionnel transmis de génération en génération a ainsi bouclé la boucle, près de 170 ans après que les Inuits eurent observé l’issue désastreuse et tragique de l’expédition Franklin. La découverte des navires et des vestiges terrestres a validé plus d’un siècle de connaissances inuites et de traditions orales.  

Parcs Canada et la Nattilik Heritage Society de Gjoa Haven (Uqsuqtuuq), au Nunavut, cogèrent le lieu historique national des épaves du HMS Erebus et du HMS Terror . Le leadership inuit joue un rôle central dans la gestion du site, notamment par le biais du programme Wrecks Guardian, qui implique directement les Inuits dans la protection et la surveillance des sites d’épaves et contribue à intégrer davantage les savoirs inuits aux opérations menées sur le site. 

La surveillance active du site et les recherches archéologiques terrestres et subaquatiques en cours sont menées conjointement par Parcs Canada, le gouvernement du Nunavut, les organisations inuites et les gardiens communautaires. Cette collaboration garantit la protection à long terme des épaves ainsi que le partage du patrimoine inuit et canadien. Copropriétaires avec Parcs Canada, l’Inuit Heritage Trust conserve les artéfacts récupérés de l’expédition Franklin, qui sont étudiés et restaurés à Ottawa avant que nombre d’entre eux ne soient rapatriés au Nunavut pour y être exposés. 

À l’été 2025, le Nattilik Heritage Centre de Gjoa Haven a inauguré une importante extension doublant sa superficie, ajoutant 5 382 pieds carrés (500 mètres carrés) de nouveaux espaces d’exposition et communautaires. La nouvelle aile présente des artéfacts récupérés de l’ Erebus, et les expositions s’articulent autour de trois thèmes : l’expédition Franklin, la vie arctique à l’époque de Franklin et l’histoire entremêlée des Inuits et des Européens. 

Alors que Parcs Canada et l’UAT poursuivent leurs recherches afin de révéler de nouveaux secrets enfouis dans les deux épaves — et qu’un musée et centre d’accueil ouvrent leurs portes aux visiteurs — le lieu historique national des épaves du HMS Erebus et du HMS Terror demeure un projet vivant, que plongeurs et passionnés d’épaves pourront suivre pendant de nombreuses années à venir.


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© Alert Diver – Q4 2025