En plongée en eau contaminée, l’« ear beer », soin maison pour les oreilles, ne suffit pas

Les plongeurs récréatifs susceptibles d’évoluer dans des environnements contaminés doivent repenser leur équipement et leurs procédures. Certains négligent les précautions en pensant qu’une exposition brève n’a pas d’importance. Pourtant, la contamination n’est pas toujours spectaculaire : elle est souvent invisible. © Alan Cale/SDI

Je faisais récemment défiler les réseaux sociaux lorsque je suis tombé sur une vidéo populaire montrant un plongeur de récupération affirmant que l’« ear beer » suffisait après une plongée en eau contaminée. Entendre ce conseil m’a interpellé — quelqu’un pourrait subir de graves effets sur sa santé s’il le suit sans en comprendre les límites.

L’« ear beer » est un simple mélange d’alcool isopropylique et de vinaigre que les plongeurs peuvent préparer eux-mêmes ou acheter. Il permet d’assécher l’oreille et d’en abaisser le pH (augmenter son acidité), deux effets utiles pour prévenir une otite externe douloureuse. Mais ce n’est pas un traitement. Avant d’utiliser cette "solution maison", il est important de rincer délicatement le conduit auditif avec de l’eau douce et propre afin d’éliminer tout débris.

Certains plongeurs aiment faire circuler un peu d’« ear beer » dans leurs oreilles après la plongée. Pour de nombreux plongeurs récréatifs, notamment ceux qui évoluent dans des sources d’eau douce propres ou en pleine mer, cela peut suffire. En revanche, si vous plongez dans des marinas, des étangs de terrains de golf, des bassins de ruissellement ou tout autre environnement potentiellement contaminé, se contenter de soins faits maison, c’est traiter le symptôme sans s’attaquer au problème. 

Ce qui s’accumule avec le temps

La contamination n’est pas toujours spectaculaire : elle est souvent invisible. Vous ne remarquerez pas forcément une éruption immédiate ni une sensation de chaleur dans les oreilles. Les effets peuvent être cumulatifs, surtout si vous plongez régulièrement dans les mêmes sites. 

Une exposition répétée à de faibles concentrations d’hydrocarbures pétroliers et de contaminants issus des eaux usées peut entraîner des problèmes de santé chroniques. Des plongeurs ont signalé des infections persistantes des sinus, des infections à staphylocoques, des mycoses et des lésions durables du conduit auditif. Des cas d’hépatite, de leptospirose et même d’infections bactériennes d’origine fécale ont été associés à des plongées dans des eaux douteuses. 

Hazmat drysuit thoroughly sealed and used with an integrated latex hood.
Une combinaison étanche adaptée aux environnements contaminés doit être parfaitement étanche et idéalement utilisée avec une cagoule en latex intégrée. © Alan Cale/SDI
Scuba diver at the surface.
Ces cagoules couvrent toute la tête et le cou ainsi que le masque facial intégral sous-jacent, ne laissant exposée que la vitre du masque. © Alan Cale/SDI

L’encapsulation

Les plongeurs de sécurité publique, les plongeurs hazmat et les équipes d’intervention environnementale ne comptent pas sur les soins après coup pour rester en bonne santé. Ils misent sur l’encapsulation : aucune peau exposée et aucune possibilité de respirer ou d’ingérer une substance dangereuse.

Pour les plongeurs récréatifs susceptibles d’évoluer en milieu contaminé — volontairement ou non — cela implique de repenser leur équipement et leurs procédures. Une combinaison étanche spécifique est la première étape. Une combinaison adaptée aux environnements contaminés doit être parfaitement étanche, soigneusement nettoyée après chaque plongée et idéalement utilisée avec une cagoule en latex intégrée. 

Ces cagoules couvrent entièrement la tête et le cou ainsi que le masque facial intégral, ne laissant exposée que la vitre du masque. Le nez et la bouche restent protégés sous le masque, et la cagoule isole complètement les oreilles. Elle doit être en latex, car même une cagoule en néoprène parfaitement ajustée peut emprisonner de la boue entre la cagoule et le cuir chevelu.

Mieux vaut prévenir

Certains plongeurs négligent les précautions en pensant qu’une exposition brève n’a pas d’importance. Pourtant, une simple éclaboussure provenant d’un gant contaminé dans l’œil peut provoquer une conjonctivite, une exposition chimique ou pire encore. Le nez constitue une voie directe vers les sinus et, à terme, vers le cerveau. S’il est impossible d’éviter une contamination potentielle, l’« ear beer » peut jouer un rôle préventif efficace lorsqu’il est utilisé correctement, mais il ne remplace en aucun cas des mesures de protection adaptées. 

En plongée en eau contaminée, l’objectif n’est pas de se nettoyer après coup, mais d’éviter de se salir dès le départ. Suivre une formation adaptée à la plongée en milieu contaminé auprès d’organismes reconnus, ainsi que disposer d’un équipement d’encapsulation complet, est essentiel. 

Votre équipement doit comprendre une combinaison étanche certifiée pour environnements contaminés, une cagoule en latex intégrée, un masque facial intégral, des gants résistants aux produits chimiques scellés à la combinaison, ainsi que des bottes ou chaussons également scellés à la combinaison. Après la plongée, il faut toujours suivre un protocole de décontamination incluant un rinçage de l’équipement sur site, un nettoyage approfondi ultérieur et la gestion des eaux contaminées. Le personnel en surface doit appliquer les mêmes procédures rigoureuses, car son exposition peut être supérieure à celle d’un plongeur encapsulé.

Cette préparation représente un niveau d’exigence bien supérieur à celui d’une simple combinaison humide, mais votre santé est en jeu lorsque la qualité de l’eau est incertaine. Considérez toutes les eaux de ces environnements comme contaminées tant qu’elles n’ont pas été testées et déclarées sûres. 

Il est également important de penser aux membres de votre famille ou à toute personne avec qui vous vivez. Que ramenez-vous chez vous sur votre équipement ? Qui pourrait être exposé si ce matériel se trouve dans votre voiture ou si quelqu’un manipule votre masque de plongée ?

Conclusion

L’« ear beer » est un bon rituel de soins après plongée, mais il ne faut pas s’y fier exclusivement, ni compter sur un équipement récréatif standard ou sur une confiance excessive. Misez plutôt sur une préparation rigoureuse, une encapsulation complète et un respect des dangers invisibles qui se cachent sous une eau en apparence anodine.

Il ne suffit pas non plus de rechercher des débris visibles ou un film irisé à la surface. En plongée en eau contaminée, ce que vous ne voyez pas peut vous nuire.


© Alert Diver – Q4 2025