Sauvé par une sangle

La raison qui a poussé l'auteur à utiliser une sangle de maintien de l'embout a radicalement changé le jour où il s'est réveillé seul au fond de l'océan et a réalisé qu'il était resté inconscient pendant 60 minutes..© Avec l'aimable autorisation d'Aldo Ferrucci

Je pratique la plongée récréative au recycleur depuis le milieu des années 1990 et j'enseigne cette discipline depuis tout aussi longtemps. Lorsque j'ai commencé à plonger avec une sangle de maintien de l'embout (MRS, mouthpiece retaining strap), parfois appelée gag strap, de nombreux plongeurs recycleur ont remis mon choix en question. « Tu es fou ? Tu n'as pas besoin de ça », me disaient-ils. « Ce n'est pas confortable. C'est agaçant ! » Je ne pouvais pas vraiment leur donner tort. 

J'ai pourtant continué à la porter, car elle était fournie de série avec l'un des recycleurs que j'avais acheté et sur lequel j'enseignais. Le concepteur de ce recycleur m'avait clairement indiqué que la MRS était obligatoire et qu'il ne fallait jamais la retirer de la boucle respiratoire. En tant qu'avocat exerçant depuis de nombreuses années dans le domaine de la responsabilité civile, je ne voulais prendre aucun risque susceptible d'engager ma responsabilité ni compromettre la garantie de mon équipement.

Ma motivation à utiliser une MRS a toutefois complètement changé à la suite d'un incident survenu il y a plusieurs années. Depuis ce jour, je n'ai plus jamais effectué une seule plongée sans en porter une.

Je me souviens de cette journée comme si c'était hier. À cette époque, je traversais des problèmes de santé et des difficultés familiales. J'étais surmené et épuisé. J'aurais probablement dû rester chez moi pour me reposer, mais la plongée était mon échappatoire. J'avais hâte d'oublier tous mes soucis et de profiter d'un moment sous l'eau. 

J'encadrais des plongées d'entraînement avec deux de mes élèves recycleur. Tout s'est déroulé sans incident et, cet après-midi-là, nous avons regagné la surface après avoir terminé avec succès notre deuxième série de plongées prévues.

Comme à mon habitude, je suis resté dans l'eau pour m'assurer que mes élèves montaient à bord en toute sécurité avant d'embarquer moi-même. Je me souviens être resté à flot à côté du bateau, les regardant grimper à bord… Puis plus rien.

J'ai commencé à entendre un faible bip, comme un réveil lointain qui essayait de me sortir du sommeil. J'étais épuisé et je pensais être en train de rêver. J'avais très froid et je n'avais aucune envie de sortir de mon lit. Les yeux toujours fermés, j'ai tendu la main pour remonter la couverture… Mais j'ai saisi ma combinaison étanche. Ce n'était pas mon lit. J'étais seul, allongé au fond de l'océan.

Il m'a fallu quelques instants pour comprendre ce qui se passait. Est-ce que je rêve que je suis en train de plonger ? Suis-je mort ? Est-ce une sorte de paradis pour plongeurs ? 

J'ai regardé mon ordinateur de plongée. Il indiquait que j'étais en train d'effectuer une troisième plongée, totalement imprévue, avec 85 minutes de décompression à effectuer. Malgré cela, je ne comprenais toujours pas vraiment ce qui m'arrivait et je n'étais pas totalement convaincu que tout cela était réel. Le froid de l'eau et l'embout, toujours solidement maintenu en bouche grâce à la MRS, m'ont peu à peu ramené à la réalité. Oui, tout cela était bien réel. J'ai fini par réaliser que j'étais resté inconscient pendant environ 60 minutes, seul, à 148 pieds (45 mètres) de profondeur, au fond de l'océan.

Par Aldo Ferrucci
© Avec l'aimable autorisation d'Aldo Ferrucci

Stupéfait par ma situation, j'ai rapidement évalué la situation. J'avais très froid, mais je portais une combinaison étanche. Je savais donc que je ne risquais rien sur le plan de l'exposition au froid. La boucle respiratoire était restée parfaitement sèche, alors même que j'étais inconscient depuis une heure et que les muscles de ma mâchoire étaient totalement relâchés. La MRS avait maintenu l'embout fermement en place contre mes lèvres, ce qui m'avait permis de continuer à respirer en toute sécurité sur le circuit fermé plutôt que d'inhaler de l'eau. 

Le système de débit massique continu (CMF) et l'électrovanne d'oxygène avaient continué à fonctionner normalement, maintenant une pression partielle d'oxygène (PO2stable en injectant automatiquement la quantité d'oxygène nécessaire dans la boucle respiratoire pendant toute la durée de mon inconscience. Il me restait suffisamment de gaz et de capacité d'absorption de la chaux sodée pour effectuer en toute sécurité les paliers de décompression imprévus. Je savais donc que si je restais calme et gérais correctement la situation, rien ne m'empêcherait de regagner la surface.

Je me souvenais de l'endroit où je me trouvais avant de perdre connaissance, mais j'ignorais où j'étais désormais et jusqu'où j'avais pu dériver. Je savais dans quelle direction générale se trouvait le continent italien. J'ai donc pris un cap au compas et commencé à nager vers ce qui me conduirait, au minimum, vers des eaux moins profondes plutôt que plus au large. 

Lorsque le relief du fond a commencé à remonter, j'ai ressenti un immense soulagement. J'étais reconnaissant d'être resté relativement dans la même zone et de ne pas avoir dérivé vers des profondeurs plus importantes. J'ai alors reconnu la paroi rocheuse qui se dressait devant moi sous l'eau. C'était la falaise immergée de l'une des petites îles situées au large des côtes italiennes, même si je ne savais plus exactement de quel port elle dépendait.

Après avoir terminé mes paliers de décompression, j'ai fait surface dans l'obscurité la plus totale. La falaise était impossible à escalader. Je n'avais d'autre choix que de me caler entre les rochers au bord de l'eau et de m'y agripper tant bien que mal malgré la houle. 

J'étais épuisé et la nuit était tombée. Je me suis dit que je passerais probablement la nuit sur ces rochers jusqu'au lever du jour. Je suis resté là pendant plusieurs heures, à moitié endormi, grelottant de froid, mais étonnamment de bonne humeur. Après tout, j'étais toujours vivant. Rien ne pouvait gâcher ce sentiment.

Plus tard, j'ai aperçu un bateau de pêche. J'ai commencé à envoyer un signal SOS avec une petite lampe verte que je garde toujours sur moi pour la plongée souterraine. Le bateau s'est approché, puis a finalement fait demi-tour. Ses occupants ont sans doute cru que je pratiquais la pêche illégale et ont préféré ne pas se mêler de mes problèmes. 

Lorsqu'un second bateau est passé à proximité, j'ai de nouveau fait des signaux. Cette fois, il s'est arrêté. Ils avaient entendu aux informations du soir qu'un plongeur était porté disparu et présumé mort. Ils ont compris qu'il s'agissait de moi. Ils m'ont secouru et m'ont ramené au port d'où j'étais parti la veille. 

À l'hôpital, j'ai retrouvé en larmes mes compagnons de plongée, qui me croyaient mort. Comme ils n'étaient pas parvenus à me retrouver, ils avaient alerté les garde-côtes et poursuivi leurs recherches sous l'eau jusqu'à la tombée de la nuit. Pendant toute l'heure où j'étais resté inconscient au fond, des bateaux et des hélicoptères équipés de puissants projecteurs avaient sillonné la zone à ma recherche en surface, sans jamais me trouver.

Après de nombreux examens à l'hôpital, les médecins ont conclu que j'avais perdu connaissance en surface à cause de mon épuisement extrême et des problèmes de santé que je traversais alors. Pendant toute cette heure, mon recycleur avait fonctionné parfaitement, sans aucune intervention de ma part, en délivrant automatiquement la quantité exacte d'oxygène nécessaire pour maintenir une PO₂ stable à cette profondeur. 

Si je suis encore en vie aujourd'hui, je le dois à cette sangle de maintien de l'embout. Elle a maintenu l'embout en bouche et m'a permis de continuer à respirer alors que j'étais inconscient. Sans elle, l'embout serait tombé de mes lèvres et je me serais noyé bien avant que mon corps inerte n'atteigne le fond de l'océan. 

Je suis aujourd'hui la preuve vivante qu'une MRS, correctement utilisée lors d'une plongée au recycleur, peut réellement sauver la vie d'un plongeur.


© Alert Diver – Q2 2026