Sous l'eau, notre temps est compté et la lumière est limitée. Chaque sortie photo ressemble donc à une véritable chasse au trésor. Mais chacun définit son propre trésor : pour certains, ce seront les mammifères marins, pour d'autres les épaves, les récifs coralliens ou les icebergs. Pour ma part, j'aime aller au-delà du simple sujet sous-marin et rechercher quelque chose de plus abstrait. Les motifs, les formes et les couleurs sont les éléments qui guident mon regard.
Je perçois le monde avant tout de manière visuelle. Rechercher des sujets qui réunissent une combinaison particulière d'éléments graphiques est ma forme préférée de chasse au trésor. Les couleurs et la lumière provoquent chez moi une réaction instinctive, mais la couleur seule suffit rarement à créer une photographie captivante. Les motifs attirent le regard, évoquent des émotions et apportent une véritable structure à la composition. Ces principes sont fondamentaux, aussi bien en photographie que dans les arts plastiques.
Créer une image originale à partir de ces éléments demande du temps et de la pratique afin de découvrir les combinaisons qui correspondent le mieux à votre sensibilité. Le fait de développer progressivement mon propre style tout en admirant les merveilles du récif — au-delà de leur simple identification — m'a permis de conserver intacte ma passion pour la photographie sous-marine depuis plus de trente ans. Il m'a également fallu apprendre à ralentir et à bien connaître les sites de plongée. C'est ainsi que l'on commence à remarquer ces instants où une vision véritablement unique se révèle.

Ce nudibranche photographié en Dominique était un magnifique spécimen d'Elysia crispata, communément appelé « limace de mer laitue ». Sa coloration était bien plus spectaculaire que tout ce que j'avais observé jusqu'alors chez cette espèce et me rappelait une sculpture en verre soufflé. Je l'ai photographié pour mettre en valeur les ondulations colorées de son corps ainsi que le caractère abstrait de ses motifs flamboyants, presque irréels. Un éclairage frontal simple associé à un fond noir a permis de faire ressortir toute la richesse de ses couleurs.

Les petits sujets fascinants sont partout. Cette scène de vie récifale, avec sa palette de couleurs typiquement caribéenne, illustre parfaitement la manière dont de minuscules détails peuvent produire un impact visuel considérable. Ce crabe rouge vif qui se déplace sur une spectaculaire éponge-vase bleu azur crée un contraste saisissant, renforcé par un magnifique effet de faible profondeur de champ. Ces scènes sont souvent plus faciles à repérer lors d'une plongée de nuit, lorsque votre attention se concentre uniquement sur ce qui est éclairé juste devant vous. Dès que vous découvrez un petit organisme aux couleurs ou au comportement intéressants, vous pouvez réfléchir à une composition qui mettra pleinement le sujet en valeur.

Les courbes et les détails des tentacules de cette seiche constituaient une abstraction irrésistible. Ces enroulements sculpturaux m'intéressaient davantage que l'animal dans son ensemble. En photographie, le vignetage consiste à assombrir ou à atténuer progressivement les bords de l'image afin d'attirer le regard vers le sujet principal. Cet effet peut être obtenu naturellement grâce à un éclairage sélectif ou ajouté en postproduction. Saisir de brefs instants comme celui-ci permet de dépasser le simple portrait d'un céphalopode pour créer une véritable image d'expression artistique. Il suffit d'observer attentivement : les éléments graphiques et les détails abstraits sont omniprésents sous l'eau.

L'alignement momentané d'organismes dans la colonne d'eau, comme ce petit banc vertical de poissons-rasoirs, représente un défi photographique passionnant. Lorsque leurs écailles reflètent la lumière tandis qu'ils se déplacent à l'unisson, un banc devient bien plus captivant qu'un poisson isolé. Les formes fluides, associées à des variations de couleurs qui se répètent, offrent l'occasion de jouer avec la symétrie comme avec l'asymétrie.
Une fois que l'on a pris l'habitude de ralentir pour remarquer l'extraordinaire, par où commencer pour développer sa propre interprétation de ces scènes qui restent gravées dans la mémoire longtemps après une plongée ? Pour moi, il est utile de définir les notions qui constituent les éléments essentiels de mes compositions afin de mieux comprendre mon propre processus créatif.
La couleur est la perception visuelle des ondes lumineuses réfléchies ou émises par les objets, que notre cerveau interprète sous forme de teintes comme le rouge, le bleu ou le vert. Elle n'est pas une propriété intrinsèque des objets, mais le résultat de leur interaction avec la lumière. En physique, la couleur correspond à une plage de longueurs d'onde du rayonnement électromagnétique visible par l'œil humain. Et chacun de nous perçoit les couleurs de manière légèrement différente.
Un motif est un agencement répétitif et prévisible d'éléments, à l'image de l'alternance des saisons ou de la répétition d'un thème musical. Une succession régulière de couleurs, de formes, de lignes ou de textures peut créer un motif. Ceux qui répètent, reflètent ou relient des formes similaires attirent particulièrement mon attention. Les couleurs jouent également un rôle essentiel, que le motif soit monochrome ou multicolore.

Les zones volontairement floues, que l'on désigne par le terme bokeh, offrent une infinité d'interprétations visuelles. Les détails vert lumineux des tentacules de cette anémone donnent l'impression de contempler un univers miniature. Sa palette de couleurs pourrait tout aussi bien évoquer une nébuleuse qu'une image microscopique de cellule. En jouant sur la profondeur de champ et les variations de luminosité pour guider le regard à travers l'image, on lui apporte une véritable sensation de mouvement et d'énergie.

Les gorgones roses qui abritent ces hippocampes pygmées forment un véritable labyrinthe. Toute la beauté de cette scène réside dans l'enchevêtrement de leurs ramifications, rendu encore plus fascinant par leurs minuscules habitants, parfaitement camouflés. Avec ces tout petits poissons, le défi consiste à aller au-delà de la simple photo documentaire. L'orientation de la tête de l'hippocampe est importante, mais son emplacement dans le cadre l'est tout autant. Pour ce type d'image, la règle des tiers est un excellent point de départ. Créer une composition harmonieuse entre l'animal et son hôte, en jouant sur les contrastes et les couleurs, demande un véritable équilibre graphique.

le calmar au-dessus d'un herbier marin
Les calmars sont des animaux fascinants grâce à leurs chromatophores (cellules pigmentaires), qui leur permettent de modifier instantanément la couleur de leur peau. Ce calmar photographié dans un herbier peu profond aux Tonga m'a particulièrement attirée par sa palette de verts. Les nuances de couleur et les textures inhabituelles de l'herbier, tandis que le calmar tentait de nager tout en restant dissimulé, ont immédiatement retenu mon attention.

Les hippocampes sont toujours un plaisir à observer. Il suffit parfois d'un léger mouvement de l'œil pour trahir leur présence. Véritables maîtres du camouflage, ils adaptent leur couleur et leur texture à leur environnement, qu'il s'agisse d'herbiers marins, d'éponges ou d'autres structures récifales. Composer une image équilibrée avec des sujets aussi délicats et constamment en mouvement n'est jamais simple. L'objectif est de raconter une histoire dans un seul cadrage. Dans cette photographie, les courbes des deux hippocampes se répondent et créent une agréable harmonie visuelle.
La forme correspond au volume, au contour ou à la silhouette d'un objet. Dans la réalité, elle est tridimensionnelle, mais la photographie la restitue sur une surface à deux dimensions. La manière d'interpréter et d'adapter ces formes dans vos compositions relève avant tout de votre propre sensibilité artistique.
On ne sait jamais ce que l'on rencontrera sous l'eau, mais j'espère toujours que la nature et la technologie collaboreront en ma faveur. J'utilise un Canon EOS R5 Mark II dans un caisson Nauticam, associé à des flashs Sea & Sea et Backscatter. Mes objectifs préférés sont le Canon 15-35 mm et le Canon Macro 100 mm.
Trouver un équipement fiable qui vous convient et expérimenter différents éléments de composition vous permettra de partir, vous aussi, à la recherche de votre propre trésor photographique.

J'ai photographié ces poissons-balais (glassy sweepers) entre les piliers d'une jetée en Dominique. La lumière tamisée qui filtrait sous le ponton baignait la scène dans une atmosphère douce et feutrée. Leurs mouvements scintillants formaient une véritable tapisserie vivante, que je n'ai jamais retrouvée depuis. Le noir profond de leurs yeux ponctue l'uniformité de leurs corps et apporte le contraste nécessaire à cette palette presque monochrome. Les sujets monochromes nécessitent une composition qui offre au regard un point d'ancrage. Un seul élément légèrement différent suffit parfois à créer le contraste ou le détail inattendu qui donnera vie à l'ensemble.

J'ai réalisé cette photographie aux Maldives, sur pellicule, afin de capturer mes nuances de bleu préférées. J'aime relever le défi de transmettre l'énergie qui existe entre le ciel et la mer. Un dégradé de couleurs peut être subtil ou très marqué, mais cette transition évoque toujours un changement. Je reconnais avoir connu davantage d'échecs que de réussites dans cet exercice. Trouver le juste équilibre entre les couleurs et la mise au point n'est pas facile. Photographier à différents moments de la journée est une excellente façon d'apprendre à réagir aux variations constantes de la lumière.

Aux Philippines, les comatules sont particulièrement abondantes. Cette profusion de vie offre une incroyable variété de couleurs et de motifs. Les spirales parfaitement enroulées de leurs bras sont d'une finesse remarquable, tandis que leurs bras déployés, ondulant au gré du courant, exercent une véritable fascination. Créer une image d'une comatule qui dépasse la simple répétition de formes demande une composition soignée, dans laquelle l'espace négatif joue un rôle essentiel. Les silhouettes peuvent être délicates ou très graphiques. Certaines abritent de petites crevettes, mais ce sont surtout leurs structures nourricières qui captivent mon regard. Les photographier revient un peu à immortaliser une danse. Les bras des comatules constituent un sujet d'une richesse inépuisable. Si vous en avez l'occasion, prenez le temps de les observer de plus près.

Les ophiures gorgones (basket stars) déploient leurs longs bras à la tombée de la nuit pour se nourrir. Pendant la journée, elles se replient en une boule compacte afin de se protéger et présentent alors peu d'intérêt visuel, ressemblant simplement à un poing fermé. Lorsque l'obscurité s'installe, leurs bras délicats se déploient et composent une élégante dentelle où la forme et la fonction se rejoignent sur le fond noir de la nuit. Ajoutez quelques touches de couleur en arrière-plan, et c'est une véritable tapisserie de couleurs et de motifs qui apparaît.

Les motifs dessinés par le sable et les jeux de lumière à la surface sont déjà magnifiques en eux-mêmes, mais ils deviennent encore plus intéressants lorsqu'un animal parfaitement adapté à son environnement vient s'y fondre. Cette guitare de mer (shovelnose ray), photographiée dans les faibles profondeurs de La Jolla Shores, près de San Diego en Californie, se confond presque parfaitement avec son habitat. Une fois enfouie dans le sable, elle devient pratiquement invisible, aussi bien pour ses prédateurs que pour ses proies. Vue d'en haut, seules de subtiles différences de tons et de contrastes permettent de distinguer sa silhouette. Cette image est également presque monochrome, mais les lignes et les mouvements du sable lui apportent une forte dimension graphique.

La géométrie spectaculaire de ce cercle blanc sur fond noir a immédiatement retenu mon attention. Cette grande anémone blanche, refermée pour la nuit dans les eaux de Puerto Galera, aux Philippines, offrait une perspective tout à fait singulière. Si la symétrie radiale est fréquente chez les anémones, il est beaucoup plus rare d'en observer une refermée en un cercle aussi parfait. Son poisson-clown, blotti au centre de l'anémone pour passer la nuit, concentrait toute l'action au cœur de la composition. La forme blanche se détachant sur l'obscurité de l'eau créait un contraste saisissant, tandis que la touche de couleur apportée par le poisson insufflait vie et personnalité à l'ensemble.
© Alert Diver – Q2 2026