Destination Svalbard
Becky Kagan Schott est surtout connue pour ses photographies originales d’épaves profondes et de grottes sous-marines. Pourtant, ses centres d’intérêt vont bien au-delà de ces environnements exigeants. Grâce à sa maîtrise de la plongée technique et à son talent de photographe, elle sait raconter en images les lieux qu’elle explore. Son portfolio comprend aussi de nombreuses destinations appréciées des plongeurs, comme les sources de Floride et les îles Galápagos.
Plus récemment, ses explorations l’ont conduite aux deux extrémités du globe, témoignant de sa passion pour l’Antarctique et l’Arctique. La plongée sous glace s’est inscrite dans le prolongement naturel de son goût pour les environnements sous-marins extrêmes. Mais cette discipline lui a aussi rappelé les limites imposées par la nature : le froid intense, le temps de plongée restreint et la perte de dextérité rendent chaque immersion particulièrement exigeante.
Dans l’hémisphère Sud, l’Antarctique offre des eaux limpides et abrite des espèces emblématiques, comme le manchot empereur, l’une des 18 espèces de manchots présentes dans la région. On y trouve également six espèces de pinnipèdes : le spectaculaire léopard de mer, les phoques de Ross, de Weddell et crabiers, l’éléphant de mer du Sud et l’otarie à fourrure antarctique. Le krill antarctique se trouve à la base de la chaîne alimentaire, tandis que l’orque en occupe le sommet.
À l’exception des orques et des baleines bleues, l’Arctique abrite une faune bien différente. Sur terre, les ours polaires, les renards arctiques et les loups côtoient les caribous, les bœufs musqués, les lièvres arctiques et les lemmings. Les oiseaux, notamment les macareux et les harfangs des neiges, sont tout aussi fascinants que la faune marine, composée entre autres de morses, de phoques et de baleines. Dans certaines régions, on peut également observer des narvals et des bélugas.
Depuis plusieurs années, Schott accompagne des groupes de photographes dans l’archipel norvégien du Svalbard, généralement à bord de petits navires d’expédition accueillant une douzaine de passagers. Contrairement aux grands paquebots de croisière, soumis à des horaires stricts, ces embarcations offrent une grande souplesse. La lumière et les animaux ne se présentent pas sur commande. Avec un petit groupe, Schott peut donc adapter le programme aux occasions photographiques et prendre tout le temps nécessaire pour en profiter.
Autre avantage des petits navires : leur faible hauteur au-dessus de l’eau permet d’obtenir des angles de prise de vue plus intéressants, tout en étant moins intimidante pour les animaux. Schott a ainsi réalisé certaines de ses plus belles photographies d’ours polaires lorsque ces derniers, poussés par la curiosité, se sont approchés du navire. Une situation souvent plus favorable que de partir à leur recherche en Zodiac en espérant pouvoir les observer de près.


Qu’est-ce qui rend le Svalbard si particulier et vous donne envie d’y retourner ?
Le Svalbard est l’une des destinations les plus remarquables au monde pour la photographie de nature. L’Arctique offre des paysages de banquise en perpétuel mouvement et abrite de nombreux mammifères marins, notamment des ours polaires, des phoques et des morses. Chaque voyage me réserve des moments magiques.
J’aime découvrir la région à différentes périodes de l’année. En été, le soleil de minuit nous offre une lumière continue, 24 heures sur 24, et d’innombrables occasions de photographier. Plus tard dans la saison, ce sont les aurores boréales qui illuminent le ciel. J’ai eu la chance d’observer des bélugas près des glaciers et des dizaines de dauphins à nez blanc en train de se nourrir. À chaque voyage, je repars avec l’envie de réaliser une nouvelle photographie ou d’observer un comportement particulier. Pourtant, ce sont généralement les rencontres inattendues qui me laissent les souvenirs les plus forts.
Au Svalbard, les glaciers, la toundra en fleurs, la banquise et les montagnes composent des paysages spectaculaires. Mais la principale attraction reste la grande faune, et surtout le roi de l’Arctique : l’ours polaire. J’ai également consacré beaucoup de temps aux colonies de morses. On peut aussi régulièrement observer des renards arctiques, des rennes, des phoques communs et des phoques barbus. Lors de précédents voyages, nous avons même eu la chance de croiser des orques, des rorquals communs et des baleines bleues.


Pour rejoindre l’Antarctique, il faut traverser une vaste étendue de haute mer, parfois dans des conditions très difficiles.
Comment se rend-on au Svalbard ?
L’un des grands avantages d’une expédition au Svalbard, c’est qu’il n’est pas nécessaire d’affronter les deux jours de traversée du passage de Drake, souvent très agité. L’archipel est relativement facile d’accès, du moins jusqu’au point de départ des expéditions. La plupart des voyageurs prennent un vol vers Oslo ou Tromsø, en Norvège, puis une correspondance pour Longyearbyen.
Je conseille toujours aux participants d’arriver quelques jours à l’avance. Cela permet de récupérer d’éventuels bagages retardés et de se remettre du décalage horaire, mais aussi de prendre le temps de découvrir Longyearbyen. Avec ses quelque 2 500 habitants, la ville est plutôt petite, mais elle dispose de suffisamment d’hôtels et de restaurants pour y séjourner confortablement. Le musée du Svalbard, notamment, permet de mieux comprendre l’histoire et la culture locales. Il n’est pas rare non plus d’apercevoir des renards arctiques ou des rennes aux abords de la ville. C’est enfin un bon endroit pour se procurer du matériel adapté aux expéditions polaires, parfois difficile à trouver ailleurs.


Comment choisissez-vous vos itinéraires pour profiter des meilleures occasions photographiques ?
J’affrète de petits navires dont la coque est renforcée pour naviguer dans les glaces, avec des équipages habitués à accompagner des groupes de photographes. Nous explorons les environs du Spitzberg et nous nous aventurons dans la banquise à la recherche d’ours polaires. Au-delà de cela, nous ne suivons ni itinéraire ni horaire fixes.
Ce sont les conditions et les déplacements des animaux qui déterminent notre parcours. Selon les années, la banquise peut se trouver plus au nord ou plus au sud, mais c’est elle que nous cherchons à rejoindre, où qu’elle se situe. Nos guides savent s’approcher des animaux sans les déranger. Il nous arrive même de couper les moteurs pour laisser le navire dériver au gré des glaces.
Un jour, alors que j’étais sur le pont, nous avons repéré une ourse polaire à environ un kilomètre et demi. Elle semblait très intriguée par notre navire. Elle avançait en bondissant d’un bloc de glace à l’autre, se rapprochant peu à peu, jusqu’à ce que je puisse entendre sa respiration. Je suis restée là pendant une heure, simplement à profiter de cet instant. Sans jamais quitter le bastingage tribord, j’ai réalisé certaines de mes photographies les plus extraordinaires.
Nous ne passons pas toutes nos journées à bord du navire principal. Nous enfilons régulièrement les combinaisons de flottaison et les équipements individuels de flottabilité fournis à bord pour partir explorer les environs en Zodiac, parfois pendant plusieurs heures. Nos guides connaissent parfaitement la faune locale. Ce sont aussi d’excellents naturalistes, capables de nous expliquer les comportements que nous observons.
L’Arctique est un univers qui émerveille d’abord par ses paysages, mais les sons font aussi partie de l’expérience : le souffle régulier d’un ours polaire, le claquement des défenses lorsque des morses s’affrontent ou encore les bruits d’un ours en train de dévorer un phoque.

Emportez-vous votre équipement de plongée et votre caisson étanche ?
Ces derniers temps, je n’emporte plus mon équipement de plongée. En revanche, les vêtements chauds, les bottes imperméables et les gants restent indispensables. Je prends toujours mon caisson étanche, mais je l’utilise surtout avec un appareil photo fixé au bout d’une longue perche que je plonge dans l’eau et que je déclenche à distance. Il me sert également à réaliser des photos mi-air, mi-eau, plutôt que des prises de vue entièrement sous-marines.
Je ne voyage pas léger ! Ce que je gagne en laissant mon matériel de plongée à la maison, je le remplace largement par les longs téléobjectifs dont j’ai besoin pour photographier depuis la surface.
Un téléobjectif de 600 mm est presque indispensable. Mon Nikkor Z 180–600 mm, monté sur mon Nikon Z8, offre une stabilisation d’image permettant de gagner jusqu’à cinq vitesses d’obturation. C’est un avantage précieux pour photographier à main levée depuis un Zodiac. Sa grande plage focale me permet également de varier les cadrages d’un même animal sans avoir à me déplacer. J’emporte aussi des zooms 100–400 mm et 28–70 mm.

Le Svalbard semble être une de ces expériences que l’on ne vit qu’une fois dans sa vie.
En réalité, c’est plutôt le genre d’expérience qu’on a envie de revivre ! En tout cas, c’est ce qui m’est arrivé. Les rencontres avec les animaux sont si exceptionnelles et imprévisibles. Aucune journée ne ressemble à la précédente, que ce soit en raison de la faune, de la lumière ou, parfois, simplement des personnes avec lesquelles on partage ces moments.
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© Alert Diver – Q3 2026