Les coupures et les éraflures sont les blessures les plus fréquentes chez les plongeurs et les adeptes du snorkeling. DAN reçoit environ une demande par semaine liée à un contact avec du corail. Une sensation de brûlure, de douleur et de démangeaisons est courante, parfois accompagnée d’une éruption cutanée. Ces blessures peuvent évoluer de manière retardée et mettre des semaines, voire des mois, à guérir, ce qui peut dérouter autant les patients que les professionnels de santé.
Mécanismes de la lésion

La surface des coraux est recouverte de tissus vivants mous. Dans le cas des coraux durs, la structure rigide et abrasive sous-jacente facilite la déchirure de ces tissus, qui peuvent alors s’incruster dans la plaie. La présence de matières étrangères peut prolonger la cicatrisation, car les antigènes et substances introduits déclenchent une réaction inflammatoire aiguë et favorisent l’infection. Les coupures et éraflures causées par des coraux aux bords tranchants ou par des balanes ont tendance à s’infecter et peuvent nécessiter des semaines, voire des mois, pour cicatriser. Des granulomes peuvent se former si des débris persistent dans les tissus. L’organisme tente alors de les éliminer, provoquant une éruption prurigineuse ou une papule (petite bosse surélevée et sensible) qui persiste jusqu’à ce que le corps parvienne à s’en débarrasser.
Bien que la plupart des éraflures superficielles cicatrisent rapidement, les abrasions cutanées en milieu marin peuvent être plus difficiles à traiter que celles survenues lors d’activités terrestres comme le baseball ou le vélo. Qu’il s’agisse de corail, de roche ou d’épave, ces éléments ont un point commun : ils sont recouverts d’organismes marins vivants, ce qui rend ces blessures particulières.
Symptômes et signes
L’intensité de la réaction dépend de la présence et de la quantité de toxines, de la taille et de la localisation de l’abrasion, ainsi que de la sensibilité préalable de la personne blessée. Les manifestations les plus fréquentes sont une sensation de brûlure, de douleur et de démangeaisons. Une éruption cutanée peut apparaître si le corail est un hydroïde, comme le corail de feu..
La plupart des animaux appartenant à la classe des Hydrozoaires passent par un stade d’hydroïde au cours de leur cycle de vie. Ils sont principalement coloniaux et, bien que majoritairement marins, certaines espèces existent également en eau douce.
Les coraux de feu sont des cnidaires et possèdent donc des nématocystes. Un simple contact peut provoquer leur activation mécanique et entraîner une envenimation. Les symptômes se manifestent généralement par des cloques apparaissant quelques heures après le contact. Ils disparaissent habituellement en quelques jours, mais il est fréquent que les lésions réapparaissent une à deux semaines après une amélioration apparente. Ce type de réaction retardée est caractéristique de ces envenimations.
Prévention
Sous l’eau, évitez autant que possible tout contact avec le corail ou tout autre organisme vivant. Lorsque cela est possible, portez une combinaison ou une protection intégrale (lycra) afin de limiter les risques en cas de contact accidentel, notamment sous l’effet d’un courant ou d’un autre plongeur. Les plongeurs en milieu marin devraient envisager d’emporter une trousse de premiers secours dédiée aux blessures liées à la vie marine. Disposer du matériel approprié permet d’intervenir rapidement et efficacement. Pour ceux qui souhaitent approfondir leurs connaissances, il existe des formations en identification de la vie marine, en premiers secours, ainsi qu’un large éventail de livres et de publications.
Premiers soins
- Frottez vigoureusement la plaie avec de l’eau et du savon, puis rincez abondamment.
- Rincez ensuite avec une solution de peroxyde d’hydrogène diluée, puis à nouveau à l’eau claire.
- Appliquez une fine couche de pommade antiseptique et recouvrez d’un pansement stérile sec et non adhérent. À défaut, laissez la plaie à l’air libre.
- Nettoyez et refaites le pansement deux fois par jour
- Si une croûte se forme, utilisez des pansements humide-sec : placez une compresse stérile sèche sur la plaie, imbibez-la de solution saline ou d’un antiseptique dilué (comme une solution de povidone iodée à 1 % à 5 %), laissez sécher, puis retirez-la. Les tissus morts adhéreront à la compresse et se détacheront. La peau sous-jacente doit être rosée et en cours de cicatrisation ; un léger saignement est possible. Changez le pansement une à deux fois par jour pendant quelques jours, puis revenez aux soins classiques décris précédemment.
- Surveillez tout signe d’infection : rougeur importante, stries rouges, douleur, fièvre, écoulement purulent ou ganglions enflés. Consultez un professionnel de santé si nécessaire. Une infection par des bactéries du genre Vibrio peut être grave, voire mortelle chez les personnes immunodéprimées (par exemple en cas de sida, de diabète ou de maladie hépatique chronique).
- Soyez attentif aux signes d’envenimation par corail : cicatrisation difficile, écoulement persistant, gonflement autour de la plaie, ganglions enflés, fièvre, frissons ou fatigue. En présence de ces symptômes, consultez un médecin.
Complications
Les complications les plus fréquentes des éraflures causées par des coraux non urticants sont l’inflammation (qui ralentit la cicatrisation) et, plus rarement, une infection secondaire. Un nettoyage rigoureux de la plaie est essentiel. Si le corail de feu est en cause, une solution d’acide acétique diluée (comme du vinaigre blanc domestique) constitue un agent de décontamination topique approprié et peut être utilisée en bain pour réduire la douleur. L’immersion dans l’eau chaude peut également atténuer les symptômes. À défaut, des compresses chaudes, froides ou même de la glace peuvent être utilisées. Un traitement symptomatique de la réaction inflammatoire est recommandé. Les crèmes à base de corticoïdes sont rarement utiles et peuvent prolonger une infection cutanée. En cas d’inflammation sévère, des corticoïdes systémiques peuvent être administrés à doses modérées et dégressives sous supervision médicale. Les antihistaminiques oraux peuvent parfois aider à réduire les démangeaisons ou la sensation de brûlure.
Complications possibles d’une plaie chronique
Il n’est pas rare que des plongeurs contactent DAN au sujet d’une abrasion cutanée mineure survenue plusieurs mois auparavant et qui ne guérit pas malgré des soins appropriés. Ces plaies chroniques présentent souvent un aspect rouge et bosselé, parfois croûteux, et sont généralement indolores. Lorsque les pommades antibiotiques classiques sont inefficaces, les plongeurs peuvent se demander si un agent pathogène spécifique au milieu marin est en cause.
Même une petite coupure ou éraflure expose un plongeur au risque d’infection cutanée. Lorsqu’une plaie ancienne correspond à la description ci-dessus, elle peut être infectée par un agent opportuniste appelé Mycobacterium marinum. Malgré son nom, il n’existe pas de pathogènes exclusivement marins chez l’humain, mais certaines infections sont plus fréquentes en milieu aquatique. M. marinum est responsable d’une affection connue sous le nom de granulome des aquariums.
Les nodules rouges et bosselés, généralement inférieurs à un centimètre, correspondent à des granulomes — des cellules immunitaires inflammatoires qui tentent d’isoler l’agent pathogène. Ils sont le plus souvent isolés, mais peuvent parfois apparaître en petits groupes. Ils ne sont pas nécessairement douloureux et peuvent s’accompagner, ou non, d’un écoulement.
Caractéristiques de Mycobacterium marinum influençant la cicatrisation
- Il s’agit d’un pathogène opportuniste, qui ne provoque une infection que dans certaines conditions (environnementales et liées au patient), ce qui explique qu’il soit souvent sous-estimé.
- Il se développe préférentiellement à des températures plus basses, ce qui explique sa localisation fréquente sur des zones comme les mains, les articulations des doigts, les coudes ou les genoux.
- Seuls certains antibiotiques sont efficaces, rendant les traitements classiques souvent inefficaces.
- Son cycle de vie est lent, ce qui implique des traitements prolongés. Certains patients interrompent prématurément un traitement pourtant efficace, ou les médecins explorent d’autres hypothèses diagnostiques.
- Il nécessite des milieux de culture spécifiques qu’un médecin ne demandera pas, sauf s’il soupçonne cet agent pathogène. Les cultures standard reviennent souvent négatives, ce qui retarde le diagnostic
Laissez votre médecin examiner la plaie et suivre les procédures habituelles. Il vous demandera probablement comment la blessure est survenue ou depuis quand elle a commencé. Mentionnez qu’il s’agit d’une abrasion superficielle contractée en milieu marin. Vous pouvez aussi demander explicitement si le M. marinum pourrait en être la cause. Pour ce type de problème, votre médecin n’a pas besoin de connaissances spécifiques en médecine de la plongée.
Aptitude médicale à plonger
Prenez toujours soin des plaies et nettoyez-les soigneusement, quelle que soit leur gravité. La peau constitue notre moyen de défense immunitaire le plus efficace et le plus efficient. Une plaie altérée peut s’infecter gravement.
En règle générale, il faut traiter correctement les plaies et les laisser cicatriser avant de replonger. Cela est particulièrement important avant un voyage vers une destination isolée ou disposant de ressources médicales locales limitées. Une lésion cutanée présentant un risque d’infection peut justifier une décision plus prudente de rester à terre si vous avez prévu ce type de voyage.
Les lésions cutanées chroniques nécessitent une consultation spécifique avec votre équipe médicale avant toute reprise de la plongée. Votre médecin pourra prescrire un traitement ou recommander une protection adaptée afin d’éviter une détérioration de la peau.