Kalaallit Nunaat
Nous avons nagé au milieu d'une véritable galerie d'icebergs échoués, dressés vers un ciel d'un bleu limpide, avant de descendre dans leurs profondeurs pour mieux comprendre ces géants mystérieux. Ils grondaient comme un tonnerre lointain en se déplaçant lentement sur le fond marin, jusqu'à ce que les contraintes accumulées se libèrent soudainement dans un craquement sec, aussi brutal qu'un coup de feu. La glace sculptée captait les rayons du soleil qui pénétraient dans la mer et les renvoyait sous la forme d'une aura verte scintillante.
Nous avons nagé au milieu d'une véritable galerie d'icebergs échoués,dressés vers un ciel d'un bleu limpide, avant de descendre dans leurs profondeurs pour mieux comprendre ces géants mystérieux. Ils grondaient comme un tonnerre lointain en se déplaçant lentement sur le fond marin, jusqu'à ce que les contraintes accumulées se libèrent soudainement dans un craquement sec, aussi brutal qu'un coup de feu. La glace sculptée captait les rayons du soleil qui pénétraient dans la mer et les renvoyait sous la forme d'une aura verte scintillante.
Nous sommes ensuite remontés lentement vers la surface et avons orienté notre objectif pour photographier simultanément le monde au-dessus et au-dessous de l'eau. C'est alors que nous avons compris quelque chose : un iceberg est la métaphore parfaite de la mer. Seule une infime partie est visible à nos yeux, tandis que tout le reste demeure caché.
Ce voyage nous a offert un aperçu du Groenland, le plus important producteur d'icebergs issus du vêlage des glaciers de tout l'hémisphère Nord.
Un curieux petit rorqual suivait tranquillement le sillage de notre Zodiac tandis que nous empruntions un chenal menant au village côtier de Kangaamiut. À peine avions-nous accosté que nous avons vu les habitants sortir précipitamment de leurs maisons et de leurs commerces, courir devant nous et embarquer à bord de plusieurs petites vedettes à moteur.

Nous avons regardé les embarcations suivre le petit rorqual jusqu'en pleine mer, où elles ont rapidement formé un cercle autour du cétacé. Quelques minutes plus tard, tout était terminé. Pour les habitants de cette communauté isolée, cette baleine représentait une précieuse source de protéines.
Voilà le Groenland : brut, isolé et sauvage, sans chercher à s'en excuser. Ici, la chasse et la pêche façonnent la culture depuis près de 4 000 ans.
À Nuuk, le Kittat Economusée est un atelier réputé où sont confectionnés les costumes traditionnels groenlandais. Deux femmes inuites m'ont invitée à observer la préparation de peaux de phoque destinées à réaliser les avittat, une délicate broderie en peau de phoque qui orne le costume national groenlandais. Je les ai remerciées de m'avoir expliqué à quel point les phoques de l'Arctique sont profondément ancrés dans leur culture. Puis je suis passée du vieux port colonial au centre commercial Nuuk Center Mall, où l'on trouve des appareils électroniques de pointe, des articles de décoration danois hors de prix ainsi que les dernières collections de Patagonia, The North Face, Fjällräven et de créateurs scandinaves... autant de produits que je ne pouvais même pas envisager d'acheter.
Voilà aussi le Groenland : Nuuk, une capitale en pleine expansion, presque aussi tendance que Copenhague, mais dotée de seulement trois feux de circulation, d'un unique tunnel et d'un impressionnant réseau de 121 kilomètres de routes pour une population d'environ 20 000 habitants, principalement d'origine inuite et danoise.


Situé bien au-delà du cercle polaire, le Groenland ne ressemble à aucun autre endroit sur Terre. On prend rapidement conscience de l'endroit où l'on se trouve lorsqu'un village abat une baleine en une vingtaine de minutes ou qu'un bateau de six mètres peine à accoster sous le poids des chasseurs et d'un bœuf musqué fraîchement dépecé.
Puis, quelques instants plus tard, on peut presque oublier où l'on est en commandant un café latte, une glace italienne ou un hamburger de bœuf musqué sur une borne numérique ultramoderne, sans qu'aucun employé n'intervienne. Aucune route, voie ferrée ou voie navigable intérieure ne relie les communautés côtières. L'ensemble du pays ne compte qu'environ 386 kilomètres de routes, alors que son territoire est près de trois fois plus vaste que celui du Texas.
Le Groenland, c'est une succession de galeries d'icebergs monumentaux, de glaciers, d'inlandsis, de fjords, de chasseurs, de pêcheurs, de bateaux, de traîneaux à chiens, de chiens groenlandais, des célèbres momies de Thulé, d'influences danoises, de populations discrètes, d'art et de terres rares. Et oui, c'est aussi une destination pour la plongée sous-marine et la plongée en palmes, masque, tuba .
Le Groenland est également un territoire complexe. Ce n'est pas un État indépendant, mais un territoire autonome du Royaume du Danemark. Ses habitants sont citoyens danois et, à ce titre, citoyens de l'Union européenne, même si le Groenland lui-même ne fait pas partie de l'Union européenne.
Les Groenlandais appellent leur pays Kalaallit Nunaat, ce qui signifie « le pays du peuple ». Après avoir partagé de nombreux repas avec des familles inuites, j'ai compris qu'ils accordaient une importance toute particulière à cette expression. La vie au Groenland n'a rien de comparable avec celle d'un Wyoming sauvage où un Walmart se trouve à quelques kilomètres. Ici, les Inuits dépendent directement de la terre et de la mer pour assurer leur subsistance.


Plonger au Groenland
Si la plongée en eau froide dans des régions encore largement inexplorées vous attire, le Groenland est une destination exceptionnelle. Les fonds restent peu explorés, même si les infrastructures se développent progressivement. Ici, la plongée tourne essentiellement autour de la glace, de quelques épaves et des forêts de laminaires. Avec un peu de chance, vous pourrez peut-être croiser certains des grands animaux de l'Arctique, qui veillent généralement à garder leurs distances avec les humains, surtout pendant la saison de chasse, lorsque les congélateurs doivent être remplis pour le long hiver à venir.
La meilleure période pour plonger s'étend de juin à septembre, même si les possibilités ne se limitent pas à ces quelques mois. De nombreux fjords restent accessibles durant l'hiver. Les plongeurs les plus aventureux devront toutefois garder à l'esprit que les journées sont déjà courtes dans le sud et deviennent encore plus brèves à mesure que l'on remonte vers le nord. Les températures restent négatives, la visibilité est souvent exceptionnelle et les plongées sont aussi exigeantes qu'on pourrait s'y attendre.
On trouve des centres de plongée terrestres ainsi que des croisières-plongée (liveaboards) dans plusieurs localités importantes, notamment Sisimiut et Ilulissat, sur la côte ouest, ainsi que Tasiilaq, à l'est. Des expéditions privées, à bord de grands ou de petits navires, proposent également des plateformes d'exploration dans des régions extrêmement isolées, accompagnées de naturalistes et de guides expérimentés.
Si vous n'êtes pas déjà un plongeur confirmé en eau froide, le Groenland n'est probablement pas l'endroit où débuter. Le développement encore limité des infrastructures signifie également que les services d'urgence sont peu nombreux. Il n'existe notamment aucun caisson hyperbare accessible aux civils pour traiter les accidents de plongée. En cas d'urgence, les plongeurs se trouvant dans des zones reculées sont souvent à plusieurs heures, voire plusieurs jours, des secours. Les installations de recompression les plus proches se situent en Islande, à environ deux heures de vol... encore faut-il pouvoir être évacué d'un fjord.
Pour cette raison, il est vivement recommandé — et même indispensable — que les plongeurs et les adeptes de la plongée en palmes, masque et tuba disposent d'une assurance accidents de plongée, comme celle proposée par DAN, incluant l'évacuation médicale. Au-delà de la prise en charge des coûts, elle permet surtout de bénéficier de l'expertise nécessaire pour gérer une urgence dans un environnement aussi isolé.


Faune sauvage
Contrairement à l'Antarctique, la faune de l'Arctique est chassée. Si les animaux le pouvaient, ils choisiraient probablement de rester totalement invisibles. Les ours polaires et les morses sont difficiles à observer et ne peuplent pas chaque portion de côte. Les apercevoir, même au bout d'un téléobjectif, constitue déjà une véritable récompense. Des excursions spécialement consacrées à l'observation des ours polaires sont proposées par des opérateurs agréés, dans le respect de règles très strictes. Le Groenland interdit par ailleurs la chasse aux trophées d'ours polaires pour les non-résidents.
La réserve naturelle de la baie de Melville, au nord-ouest du Groenland, au-delà de l'archipel d'Upernavik, est une vaste aire marine protégée où se côtoient immenses icebergs et glaciers spectaculaires. Durant l'été, elle constitue un habitat privilégié pour les narvals, les bélugas, les phoques et les ours polaires. Narvals et bélugas viennent notamment s'alimenter au pied des fronts glaciaires.
Le vêlage quasi permanent des glaciers rend toute plongée ou sortie en palmes, masque, tuba, à proximité immédiate d'un glacier, extrêmement dangereuse, voire suicidaire. En restant toutefois à bonne distance des zones les plus actives, il est possible d'entendre les échanges acoustiques entre narvals et bélugas tout en photographiant les formations de glace les plus stables.
Les narvals sont aussi précieux pour les chasseurs inuits qu'ils fascinent les touristes et les plongeurs. Les chasseurs recherchent leur viande ainsi que leurs longues défenses torsadées, très convoitées. Les baleines et les phoques prélevés sont généralement découpés dans des camps de chasse situés à l'écart des villages.
Explorer en palmes, masque et tuba les eaux peu profondes autour de ces campements permet parfois d'observer les traces laissées par cette tradition de chasse. Aux États-Unis, le Marine Mammal Protection Act interdit toutefois l'importation de produits issus de mammifères marins sans autorisation spécifique et très limitée. Mieux vaut donc laisser fanons, os de baleine, peaux de phoque et ivoire de morse au Groenland.


La glace
Le Scoresby Sund, dans l'est du Groenland, est le plus vaste et le plus profond réseau de fjords au monde. Il constitue un immense réservoir d'icebergs provenant de l'inlandsis groenlandais. Ces montagnes de glace peuvent s'élever jusqu'à près de 91 mètres au-dessus de la surface tout en s'enfonçant à plus de 500 mètres sous l'eau, où elles labourent les fonds marins.
Red Island est un véritable jardin d'icebergs échoués. C'est une galerie vivante dont les artistes sont le vent, les intempéries et les courants, qui sculptent sans relâche la glace jusqu'à ce que son centre de gravité se déplace. L'iceberg bascule alors, révélant une nouvelle face, et le cycle recommence. Plonger ou pratiquer les palmes, masque, tuba dans cet environnement est une expérience à couper le souffle. On évolue entre d'immenses tours de glace et des formations aux formes fantastiques. Mais cette beauté s'accompagne de risques bien réels : les icebergs peuvent pivoter ou éclater à tout moment, projetant dans l'eau une multitude d'éclats de glace aussi fins que des aiguilles. Les arches peuvent s'effondrer sans prévenir et la glace emprisonnée sur le fond peut soudainement se détacher et remonter à la surface comme un sous-marin émergeant des profondeurs.
À l'ouest du Groenland, la ville côtière d'Ilulissat borde le fjord glaciaire d'Ilulissat, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO. C'est un lieu incontournable pour tous les passionnés de glaciers, qui viennent y observer le Sermeq Kujalleq, l'un des glaciers les plus actifs de la planète et probablement celui qui a donné naissance au célèbre iceberg responsable du naufrage du Titanic. Une agréable promenade sur des passerelles en bois permet d'approcher le glacier et d'admirer sa puissance. On peut le voir, l'entendre et presque ressentir les vibrations qu'il produit en avançant lentement vers la mer, quelques centaines de mètres plus bas.
À lui seul, le Sermeq Kujalleq produit plus de 10 % de toute la glace issue du vêlage des glaciers groenlandais. La baie est ainsi encombrée de glace vive (brash ice) et d'icebergs gigantesques. Les excursions en bateau qui serpentent entre ces blocs de glace affichent souvent complet plusieurs semaines à l'avance. Les possibilités de plongée en palmes, masque et tuba y sont également remarquables, notamment pour réaliser des photographies à moitié immergées. Avec un peu de chance, vous entendrez — ou apercevrez — des baleines à bosse naviguant dans ce véritable labyrinthe de glace récemment détachée des glaciers.
Le changement climatique
Dans l'Arctique, les températures augmentent deux fois plus vite que la moyenne mondiale. En août 2025, nous avons quitté Nuuk pour rejoindre Nome, en Alaska, en empruntant le passage du Nord-Ouest, une traversée réalisée en seulement 23 jours. Lorsque Roald Amundsen effectua ce même voyage en 1903, il lui fallut plus de trois ans pour franchir cette route maritime, tant la glace en bloquait alors le passage
La fonte de l'inlandsis groenlandais constitue aujourd'hui la principale source d'élévation du niveau des mers à l'échelle mondiale. Selon certains modèles climatiques, sa disparition complète entraînerait une hausse d'environ 7,3 mètres du niveau des océans. Pourtant, aucun modèle n'avait anticipé l'effondrement brutal du pergélisol survenu en 2017, qui déclencha un gigantesque tsunami de plus de 60 mètres de hauteur. La vague déferla sur la région d'Uummannaq, détruisant de nombreuses habitations et coûtant la vie à plusieurs personnes ainsi qu'à leurs chiens de traîneau. Le Groenland constitue l'immense réserve de glace de notre planète et demeure l'un des indicateurs les plus sensibles de l'évolution du climat mondial.

Le Groenland aujourd'hui
Depuis 2012, j'ai eu l'occasion de rejoindre à plusieurs reprises les régions les plus reculées du Groenland à bord de navires d'expédition. Pourtant, ce n'est qu'en février 2026 que j'ai enfin pu découvrir Nuuk, l'unique ville du pays. Ce séjour m'a permis de voir le Groenland en hiver, d'explorer le fjord de Nuuk et de prendre le pouls de la population au moment où l'idée, très controversée, d'un éventuel rattachement du Groenland aux États-Unis était au cœur des débats.
Il semblait y avoir presque autant de journalistes que d'habitants dans les rues, chacun cherchant à recueillir l'opinion des Groenlandais sur cette question politique. J'étais venue pour la nature, mais la politique finissait toujours par s'inviter dans les conversations. J'ai été accueillie autour de nombreuses tables familiales, où j'ai entendu des parents comme des enfants exprimer leur incrédulité, leur confusion et parfois leur inquiétude face à cette situation.
Les Groenlandais sont des personnes discrètes, qui communiquent souvent davantage par le regard que par les mots. La nature est leur boussole et leur caractère est généralement empreint de douceur. Ils accueillent les visiteurs avec chaleur dans leur Kalaallit Nunaat et espèrent qu'ils repartiront en comprenant pourquoi ils appellent affectueusement leur pays « le pays du peuple ».

Comment y plonger ?
Pour s'y rendre : Des vols sont proposés toute l'année au départ de Copenhague (Danemark) et de Keflavík (Islande). En saison, des liaisons sont également assurées depuis Newark (New Jersey) et Iqaluit (Canada). Ces escales constituent un véritable atout, offrant aux voyageurs l'occasion de découvrir ces destinations avant ou après leur séjour. Si le Groenland vous attire, il y a de fortes chances que l'Islande vous passionne également, ce qui permet de combiner facilement les deux voyages.
Si vous êtes comme mon compagnon David Doubilet, vous rêvez probablement de plonger dans la fissure de Silfra, en Islande. Ses eaux glaciaires d'une limpidité exceptionnelle, où la visibilité peut dépasser 100 mètres, justifient largement une immersion dans une eau proche de 0 °C.
Trois aéroports groenlandais sont capables d'accueillir des avions de taille moyenne : Nuuk, Kangerlussuaq et Narsarsuaq. L'aéroport de Nuuk a été agrandi en 2025 afin de recevoir des appareils plus imposants et de soutenir le développement du tourisme. Il dispose désormais d'un tapis de livraison des bagages ainsi que d'une boutique hors taxes. Kangerlussuaq demeure la principale plateforme d'accueil des vols charters liés aux croisières d'expédition, tandis que les voyageurs qui choisissent Narsarsuaq s'y rendent le plus souvent pour rendre visite à leur famille.
Les vols intérieurs sont assurés par Air Greenland et sont relativement simples à réserver. Il faut toutefois garder à l'esprit qu'ils restent fortement tributaires des conditions météorologiques. Il n'est donc pas rare de se retrouver bloqué plusieurs jours dans une localité en attendant une amélioration du temps. Depuis Nuuk, des liaisons régulières desservent notamment Ilulissat, Kangerlussuaq, Sisimiut, Maniitsoq et Aasiaat, sur la côte ouest, tandis que Kulusuk constitue la principale porte d'entrée vers le sud-est du Groenland.
Pour explorer les régions les plus sauvages du pays, les croisières d'expédition et les voyages à la voile, en particulier à bord de petits navires, restent la meilleure option. Elles permettent de découvrir les côtes isolées, les fjords, les glaciers et les véritables galaxies d'icebergs qui peuplent les eaux groenlandaises durant l'été et jusqu'au début de l'automne. Les distances sont immenses, mais ici, le voyage fait autant partie de l'expérience que la destination elle-même
En savoir plus
Découvrez encore davantage le Groenland grâce à une galerie photo exclusive, ainsi qu'à une vidéo Facebook Reel et plusieurs vidéos YouTube, accessibles via les liens ci-dessous.
https://www.facebook.com/reel/896018906503733
© Alert Diver – Q2 2026